Alberto Savinio - L’Intensite dramatique de Leopardi, Part 2

Les oiseaux, les anciens Egyptiens, ont le regard de profil. De par la position de sa tête, Alexandre avait le regard de trois quarts. Les tableaux de Poussin sont placés face au soleil qui se couche. La Poésie Italienne regarde en face. Elle possède un regard digne d’une déesse. Sans soupçons et sans sous-entendus. C’est sa sincérité et sa forme de rhétorique spécifique. Dans la Poésie Italienne, en dehors de Leopardi, qui d’autre sait regarder autrement que de face?
Singulier également en cela d’entre les poètes italiens, Leopardi ne considère pas seulement la face des choses: souvent il ne la considère nullement, et il regarde ces mêmes choses de profil, parfois de dos.
L’ambiguïté, ce frémissement du soleil sur la mer, est l’une des si nombreuses lacunes que Leopardi comble dans les lettres italiennes:
Facies non omnibus una
Non diversa tamen
Leopardi conclut l’une de ses comparaisons entre les anciens et les modernes par trois questions:
Quel signe est-ce là? Est-ce que la raison grandit ou est-ce qu’elle diminue? La nature était-elle grande ou petite?
(Traduit de l’italien par Philippe di Meo)